Soline Asselin

Soline Asselin est une autrice et programmatrice basée à Montréal. Inscrite au doctorat en Études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal, son projet de recherche-création allie écriture littéraire et photographie expérimentale pour réfléchir à ce qui advient quand on ne meurt pas. En 2024, elle a publié son premier livre, Voyage vers une fusée (Marchand de feuilles), un texte entremêlant essai, récit de voyage et autofiction, qui s’intéresse aux aventurières du 19e siècle à nos jours. Elle est également co-fondatrice et membre du collectif de direction du Festival Filministes.

Projet de recherche

Intitulée Formes fragiles : éthique et esthétiques du « ne pas mourir », ma thèse prend assise sur une expérience intime de l’aporie de Heidegger, reprise par Derrida (1996), à savoir que la mort constitue la « possibilité de l’impossible ». Bien qu’on puisse s’en approcher, en apercevoir les contours lorsque l’autre décède, la mort demeure une expérience inaccessible pour le vivant, tant sur le plan physique que psychique. Mon projet s’intéresse aux manières d’énoncer et de représenter cette possibilité de l’impossible.

Le volet pratique consiste en la réalisation d’un livre d’art intitulé Toutes les fois où je suis morte. Basée sur une série d’entretiens avec des femmes s’étant approché de la mort, cette œuvre allie écriture littéraire et techniques photographiques mixtes pour faire ressentir visuellement et textuellement l’expérience singulière du « ne pas mourir ». Le végétal y tient une place importante, d’abord en tant que matière pour fabriquer des révélateurs à base de plantes, de même que pour la production d’anthotypes, une technique d’impression qui utilise des pigments végétaux pour créer une surface photosensible. En tant que technique expérimentale, l’image qui en résulte est accidentelle, imprévisible, elle est une trace impermanente, vouée à disparaitre si elle continue d’être exposée à la lumière. Par leur mouvement perpétuel, les anthotypes évoquent la fragilité du souvenir et la nature transitoire de l’expérience traumatique.

Quant au volet théorique, il explore les implications éthiques et esthétiques de la création artistique s’élaborant autour des récits d’autrui. Irriguée par une mise en résonance avec un corpus d’œuvres littéraires et visuelles qui, à l’image de ma création, mobilisent un imaginaire de l’indicible, du vulnérable et de la proximité avec la mort, ma réflexion prend la forme d’un essai autothéorique cherchant à rendre visibles les implications individuelles, collectives, politiques, éthiques et esthétiques de ces expériences. Dans ce volet, je m’intéresse entre autres à la question du « ne pas mourir » des plus-qu’humains – plantes, insectes et animaux – dans le contexte de catastrophes collectives, comme l’accident nucléaire de Tchernobyl. Mon corpus, pluriel et multiforme, valorise des esthétiques de la fragilité et une considération pour la diversité du vivant, vers lesquelles je tendrai moi aussi, tant dans ma création que dans ma recherche.