Juliette Planche

Juliette Planche est doctorante au département d’études littéraires à l’UQAM et agrégée de lettres modernes. Son projet de recherche explore la manière dont la littérature boréale des femmes de l’extrême contemporain (innue et québécoise) peut proposer une réévaluation de nos liens à l’environnement par un imaginaire poétique novateur prenant comme support la figure de la femme-forêt. Fascinée par le caractère des arbres et leur beauté, captivée par l’esprit des forêts et leurs diversités, elle a construit au Brésil un projet photographique autour de « l’ipê brésilien,  un arbre florissant ». Elle a fait également deux séjours au cœur de la forêt amazonienne. Aujourd’hui, elle se passionne pour les forêts du Nord du Québec et la manière dont leur force se traduit dans la littérature.  

Projet de recherche

Intitulé « Inventer le territoire de l’avenir : la puissance poétique de la femme-forêt au XXIe siècle », mon projet de thèse a pour objectif d’étudier l’écriture des femmes dont l’ancrage boréal à l’ère de l’anthropocène insuffle un renouveau majeur pour l’imaginaire botanique. Comme l’affirme Monique Durand « [l]a forêt boréale incarne un autre rapport au monde ». (Durand, 2022) Dans cette perspective, le corpus composé d’œuvres innues et québécoises imagine un autre rapport au territoire où humain et non-humain créent ensemble un lieu de « coopérations omniprésentes ». (Simard, 2021)

Je fais l’hypothèse que l’influence conjointe des cultures innue et québécoise permet de rendre compte d’une vision novatrice de l’imaginaire de la forêt mettant en lumière de nouvelles manières d’interagir avec le végétal par l’intermédiaire de la figure singulière de la femme-boréale.Dans le corpus choisi, le devenir-forêt des personnages féminins est réel sans qu’il puisse être possible d’en distinguer  les frontières : chacune, femme et forêt, déterritorialisant l’autre tels les mots de Gilles Deleuze. (Deleuze, 1975)

Telle que l’affirme Rachel Bouvet : «la forêt est sans aucune doute la figure la plus difficile à cerner de l’imaginaire botanique : d’une part parce que ces ramifications remontent aux origines même de l’humanité, d’autre part parce que cet univers nous échappe toujours au moins en partie ». (Bouvet, 2024) Dès lors, la figure de la femme-forêt ne peut se façonner que dans un lieu animé par une vision organique de la nature, celle qui anime les sociétés depuis «[les] origines de l’humanité ». Pour cela, les autrices du corpus expérimentent un langage tellurique. Leur recherche scripturale cherche « une langue que [nous] n’[avons] jamais entendue : celle de la forêt ». (Fontaine, 2017) Aussi, dans le prolongement de la pensée de Gaston Bachelard, j’affirmerai que la forêt boréale « amasse sur place son infinité » (Bachelard, 1957), une infinité de possibles que cette thèse souhaite modestement explorer.