Andrée Bélanger

Artiste multidisciplinaire, Andrée Bélanger cultive une pratique de recherche quant à la nature de la réalité, bien installée dans une cabane-atelier en forêt au Bas-Saint-Laurent, Québec.
Elle a suivi une formation en arts visuels à Dawson City (Yukon), puis elle a présenté une variété de projets multidisciplinaires en dessin, écriture, peinture, installation, vidéo, photo, sculpture et performance au Québec, dans le Grand Nord canadien et en Europe. Elle a reçu plusieurs bourses du CALQ et du CAC pour des projets en lien avec le territoire et l’élaboration d’un médium de création écologique, dont les fruits ont notamment été présentés au Centre d’art de Kamouraska (2020), au Musée du Bas-Saint-Laurent (2022), au centre d’artistes Caravansérail (2024) et à la biennale Livres d’artistes au Portage (2022, 2024). Elle expose aussi son travail dans plusieurs lieux hors réseau, et offre ponctuellement des ateliers d’initiation. Impliquée dans le collectif Voir à l’Est, elle participe depuis 2021 à ses activités de diffusion. Elle entreprend à l’automne 2024 le programme de Doctorat en études et pratiques des arts de l’UQÀM.
Projet de recherche-création
La quadrature du cercle selon le bouleau jaune : récits forestiers de matière abstraite et de faits relatifs
Au fil de ma sédentarisation en forêt dans une cabane-atelier sans eau courante, pratique artistique et quête spirituelle se sont alignées. Cette connexion profonde a mené à l’élaboration d’un médium écologique, les encres artisanales. J’en suis venue à comprendre le lien étroit entre connexion à soi/au soi (à la nature au sens large) et l’élan de prendre soin -de se respecter ainsi que ce qui semble autre. Au fil de cette recherche-création étalée sur plusieurs années et projets entrelacés, j’ai intégré concrètement et physiquement ce que j’avais soupçonné conceptuellement et théoriquement depuis les débuts de ma pratique artistique (et avant) : les difficultés relationnelles originent d’une illusion de séparation. Plus particulièrement, la crise écologique actuelle découle de l’illusion de séparation entre humain·es et nature, illusion entretenue par la culture dominante. Ce processus d’intégration m’a peu à peu libérée de la croyance en la séparation, et m’a menée sur la piste d’autres personnes animées par cette vision. Issues d’horizons variés dont les spiritualités orientales (Suzuki 2014; Trungpa 1999), les sciences et cosmologies autochtones (Falardeau 2015; Wall Kimmerer 2013), les arts (Boutet 2023; Cosson 2023) et les humanités environnementales (Abram 2013; 2011; Zhong Mengual 2021), toutes affirment notre intrication fondamentale à la nature, voire notre nature au sens premier.
Il n’y a là rien de nouveau, pourtant j’observe que la pratique de l’expérience immédiate attentive reste rare dans nos sociétés modernes. Dans le contexte actuel marqué par des enjeux écologiques majeurs, cette approche constitue un atout crucial : dès lors que je constate n’être pas séparée de ce qui m’entoure, tout élan d’agression me quitte. J’ai remarqué que plus un message est subtil, plus il est efficace car il permet d’outrepasser le mental : l’art sait atteindre l’humain·e directement dans sa dimension psycho-émotive et spirituelle, et c’est en cela qu’il est si puissant. Il l’est d’autant plus lorsqu’il se déploie en prenant appui sur le fil étroit de l’équilibre entre connaissance et intuition. Cette recherche-création propose une exploration, à travers l’art, des potentialités de l’attention et de la sensibilité pour nous aider à retrouver notre place (en tant qu’individus et en tant qu’espèce) au sein du vivant et au-delà.
Le projet consiste à intégrer un écosystème forestier tout en y réalisant un corpus de livres d’artiste reflétant ce processus. L’utilisation dans la création d’encres artisanales produites sur place vient renforcer et concrétiser le lien entre environnement, artiste et œuvres. L’approche méthodologique s’ancre dans l’observation directe du phénomène de recherche-création.